Lu dans la presse/Chronique-fiction : entretien imaginaire entre Alpha Condé et Lamine Guirassy

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 Votre quotidien électronique Guinéenews© continue à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction. Après le tête-à-tête Dadis Camara-Haya Sanogo, place pour ce présent numéro, à un tête-à-tête imaginaire singulier entre le président Alpha Condé et l’un des patrons de médias le plus influent du pays, Lamine Guirassy.

Dans cet entretien, de la fiction pure et simple, nous tentons de faire ressortir la difficile cohabitation entre les dirigeants influents du pays, les lobbyes et le quatrième pouvoir. Quand la presse critique l’opposition, elle est aussi tôt accusée de rouler pour le pouvoir. Et quand elle dénonce le pouvoir, elle est suspectée de rouler pour l’opposition. Et pititi patata.

Alpha Condé : c’est toi qui dis partout que j’ai menacé de t’arrêter ? Et tu donnes l’occasion à Fodé Oussou d’incidenter ça dans la presse comme il sait le faire ?

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Lamine Guirassy : vous m’accusez à tort, monsieur le président. Vous pouvez aimer ma tête ou pas, mais vous savez que je ne suis pas du genre à tourner autour du pot. Si je suis menacé, je n’ai pas la langue dans ma poche. Et pas besoin de passer par une autre personne. Je suis une grande gueule. Je dis ce que je pense et j’assume.

Alpha Condé : mais toute la presse électronique a répété la même chanson 24h durant, que je voulais te tuer, que je voulais t’arrêter. Des histoires à dormir début.

Lamine Guirassy : des histoires à dormir débout, dites-vous ? Eh bien, je prends acte, le débat est clos. Mais pour vous rassurer, je précise que je ne gère aucun site. Donc, si les sites ont écrit, c’est parce que, peut-être, ils ont eu vent de quelque chose, je n’en sais rien. C’est aussi simple que cela. Dans votre explication, monsieur le président, j’ai cru savoir que, contrairement à ce que vous disiez, vous lisez bien la presse.

Alpha Condé : oh, laisse tomber. Je lis la presse, je suis un abonné des émissions « Les Grandes Gueules » et MLA. Quand je vous écoute, je me demande dans quel autre pays, les médias sont aussi libres. Maintenant, c’est vrai, j’ai dit que je ne lis pas la presse, je l’ai dit dans un contexte précis mais à chaque fois, vous adorez me renvoyer ça à la figure, vous aimez me prendre au mot.

Lamine Guirassy : alors pourquoi, quand nous vous critiquons en direct, vous ne réagissez pas. Qui ne dit rien consent, dit-on monsieur le président. Mieux, je vous ai, officiellement, invité dans les « GG », à chaque fois vous nous avez posé un lapin. Pourtant, au Sénégal comme au Burkina ou à l’étranger, vous êtes prompts à aller accorder des interviews. A un moment donné, franchement, on a l’impression que vous nous méprisez. Et après quand on dénonce ça, vous nous traitez de Satan ou je ne sais quoi.

Alpha Condé : mais Guirassy, tu exagères, si je ne parle pas, mes ministres sont quand-même là.

Lamine Guirassy : justement, je sais que vos ministres sont là. Mais la dernière fois, vous avez avoué, vous-mêmes, que vos ministres ne communiquent pas. Quand même, ce n’est pas à nous de faire le boulot à leur place. Voyez-vous ce que je veux dire ?

Alpha Condé : mais quand tu donnes la parole à Dalein, qui m’attaque, à Fodé Oussou, qui me critique, à Makanéra, qui me vilipende, à Papa Koly, qui ne m’aime pas, pour un peu équilibrer, Lamine, tu dois donner la parole à mes partisans aussi.

Lamine Guirassy : je suis désolé, monsieur le président. Au groupe Hadafo Médias, nos portes ne sont fermées à personne. Quand vous êtes attaqués, seul Laye Junior envoie un texto pour répliquer. A part lui, je ne vois personne. A un moment, aucun ministre n’osait parler chez nous. Qui a donné des instructions ? Gros point d’interrogation.

Alpha Condé : je me demande pourquoi tu donnes la parole à ce Makanéra-là, que j’ai sorti de l’ombre pour le fabriquer ministre, alors que mon camp était contre

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Lamine Guirassy : monsieur le président, je ne gère pas ces détails, avec tout le respect que je vous dois. Je ne sais pas le poids de Makanéra sur l’échiquier politique, ça c’est un autre débat. Mais avant sa nomination, il passait chez nous pour vous défendre. A l’époque, vous n’aviez rien dit. Quand il a été nommé aussi, il nous a fait la guerre. On a tenu tête, malgré tout. Depuis son limogeage, il passe chez nous. Auraient été d’autres médias, à ma place, ils lui auraient coupé le micro. Mais chez nous, nous avons une devise. Conté est parti nous laisser ici. Dadis est venu, il est parti. Nous sommes là. Sékouba est venu, il est parti. Nous sommes là. Aujourd’hui, Dieu a fait que vous êtes le président, après votre mandat, mais vous nous laisserez ici.

Alpha Condé : qui t’a dit que je m’en irais après mon mandat ?

Lamine Guirassy : donc, vous confirmez ce que le patron de la police a dit à N’zérékoré ?

Alpha Condé : cesse de déformer mes propos, Lamine, je dis bien qu’après mon mandat, je ne m’en irais pas. Cela ne veut pas dire forcément que je cherche un troisième mandat. Cela voudrait dire aussi que je peux rester en Guinée.

Lamine Guirassy : allons droit au but et oublions les mots confus. Regardez-moi dans les yeux, dites-moi, si oui ou non, le président Alpha Condé veut un troisième mandat.

Alpha Condé : Lamine Guirassy n’est pas le peuple. Quand le peuple me posera cette question, en ce moment, je répondrai. Et je t’inviterai en personne avec tes « Grandes Gueules », vous allez faire une émission.

Lamine Guirassy : monsieur le président, chez nous, c’est sans tabou. Pas de langue de bois.

Alpha Condé : d’ailleurs, changeons de sujet.

Lamine Guirassy : les auditeurs apprécieront, le silence c’est aussi une réponse.

Alpha Condé : et puis, pendant la crise de l’Ebola, je t’ai invité, une fois en conférence de presse, à venir s’y engager, mais tu n’y étais pas. Voilà, une raison que tu ne m’aimes pas.

Lamine Guirassy : monsieur le président, j’ignore, entre vous et nous, qui est le mal-aimé en Guinée. J’ai l’impression que les gens ont du mal à cerner notre ligne. Pour la lutte contre Ebola, je pense que ma présence importe peu, l’essentiel, c’est mon apport. Durant toute la crise, le groupe Hadafo Médias était à la première ligne. Nous avons entendu assez de ragots, mais nous avons un slogan : nous remettre en cause.

Alpha Condé : pour revenir à notre premier sujet, en tout cas, tu as mon soutien.  

Lamine Guirassy : merci pour le soutien mais je tiens à vous rappeler que nous subissons trop de coups. Je me demande, pourquoi souvent, nos reporters en paient les frais ?

Alpha Condé : je ne suis pas d’accord, donne-moi un seul exemple

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Lamine Guirassy : l’année dernière, en décembre exactement, nous avons failli perdre Moussa Moise Sylla quand des personnes fâchées ont envoyé des tueurs à ses trousses.

Alpha Condé : Lamine, je te réponds au cas par cas. As-tu oublié que ce jour-là, j’avais, personnellement, appelé Moussa Moise ? Dès que j’ai écouté son témoignage dans votre émission. Est-ce que Dalein avait fait ça ? Mais non.

Lamine Guirassy : il y a le cas de notre reporter, Valek Touré, qui a été malmené par les forces de l’ordre au tribunal en plein exercice de son métier. Nous avons les images.

Alpha Condé : et qu’est-ce que Sacko a dit dans tout ça ?

Lamine Guirassy : nous avons porté plainte. Depuis, que de déclaration de principe. Aucune action forte. Il y a aussi le cas de Chérif Diallo, qui est porté disparu depuis 2014.

Alpha Condé : c’est ma première nouvelle

Lamine Guirassy : c’est très grave ce que vous dites, le peuple vous écoute. Cela veut dire qu’on peut tuer impunément vos compatriotes, après, vous n’êtes pas au courant.

Alpha Condé : ton commentaire n’engage que toi

Lamine Guirassy : pourtant, nous avons organisé une marche pacifique à Kaloum. Nous étions passés devant la présidence. Des ministres nous ont reçus. Depuis, rien.

Alpha Condé : Lamine, entre passer devant la présidence et passer à la présidence, ce n’est pas la même chose. Est-ce que toi, personnellement, tu es venu me poser le problème. 

Lamine Guirassy : je n’ai pas été vous saisir, personnellement, c’est vrai, mais vos ministres ont été suivis. Mieux, nous avons alerté dans l’émission les Grandes Gueules, heureusement que vous êtes un de nos premiers auditeurs fidèles. Vous l’avez dit tout à l’heure.

Alpha Condé : je n’ai pas suivi cette émission

Lamine Guirassy : on ne force pas celui qui ne veut pas de comprendre de comprendre

 

Alpha Condé : tu me parles pas sur ce ton ? Je vois pourquoi, on t’appelle le « Grand Gueulard »

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Lamine Guirassy : nous ne sommes contre personne. Que le pouvoir comprenne que nous sommes un partenaire, non un ennemi. Que l’opposition comprenne également, que nous ne sommes ni pour un camp, ni pour un autre. De la même façon, on ne peut pas arrêter le soleil, de la même façon, on ne peut pas arrêter le groupe Hadafo Médias.

Note de l’auteur : Seuls les personnages sont vrais (Photos crédit). L’entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront notre inspiration et nous épargnerons des ennuis judiciaires.

 

Source : guineenews.org

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